Sans même faire de calcul, vous évaluez la valeur d’un joueur du Canadien à plusieurs dizaines de millions de dollars, considérant son salaire annuel hors du commun. Mais qu’en est-il de la valeur de votre CH à vous, c’est-à-dire votre capital humain?

Quand on parle de votre capital humain, il s’agit de chiffrer votre capacité à produire un revenu de travail chaque année. La valeur de votre capital humain équivaut donc à la somme qui serait requise aujourd’hui pour vous permettre de recevoir, chaque année, une rente égale à votre revenu net après impôts.

Bien entendu, les décisions que vous prenez influencent la valeur de votre capital humain. Cette valeur augmente lorsque vous investissez dans votre formation, par exemple, alors qu’elle diminue lorsque vous décidez de travailler moins. De plus, la valeur du capital humain décroît graduellement avec le temps, puisque le nombre d’années qu’il vous reste à travailler diminue.

Estimons la valeur du capital humain de Nicolas, technicien informatique, en utilisant une règle empirique (règle du pouce) pour calculer la valeur actualisée. Il suffit de multiplier le revenu net après impôts par le nombre d’années avant la retraite. Cette règle est valable si le taux d’indexation (ajustement du salaire pour refléter l’augmentation annuelle) est égal au taux de rendement après impôts, par exemple 3 %.

 

  Nicolas
Âge 30 ans
Revenu brut 45 000 $
Revenu net après impôts 34 000 $
Indexation des salaires 3 %
Années avant la retraite 35
Capital nécessaire pour acheter une rente indexée à 3 % 1 190 000 $

 

Ainsi, si Nicolas ne peut plus travailler, on estime sa perte économique à environ un million de dollars. Voilà pourquoi on dit que votre actif le plus important est vous-même! Et il est crucial de bien se protéger au moyen d’une assurance invalidité.

La plupart des assureurs limitent le montant des versements d’assurance invalidité à des maximums préétablis, dans le but d’inciter l’assuré à retourner au travail. Si la protection offerte par l’assureur est insuffisante pour que l’assuré qui reçoit des versements d’assurance invalidité puisse maintenir son niveau de vie et son épargne pour la retraite, ce dernier pourrait souscrire une assurance épargne-retraite en cas d’invalidité ou, en présence de dettes, une assurance invalidité emprunt. L’assurance épargne-retraite en cas d’invalidité verse des sommes dans un compte; ces sommes seront disponibles à la retraite. Pour ce qui est de l’assurance invalidité emprunt, ses prestations servent à effectuer les versements hypothécaires, par exemple.

D’un autre côté, un assureur pourrait réduire le montant assurable d’une personne qui détient des actifs dont la valeur nette est considérable s’il évalue que, compte tenu de cette valeur nette, l’assuré n’a pas besoin de remplacer son revenu en cas d’invalidité. En d’autres mots, l’assureur estime que l’assuré est capable d’assumer lui-même le risque.

En assurance invalidité perte de revenu, les prestations d’une assurance collective, le délai de carence (période non couverte) et l’indexation des prestations sont des exemples d’éléments à considérer dans l’analyse du besoin.

Ce qui nous amène à mettre en relation le capital humain et les actifs financiers. Au cours de votre vie active, vous générez des revenus grâce à votre capital humain. Vous en dépensez une partie et vous en épargnez pour l’avenir. Par conséquent, au fil du temps, la valeur de votre capital humain diminue alors que celle de votre capital financier augmente. Ces deux éléments entrent en ligne de compte lors de l’évaluation de vos besoins en assurance vie. En effet, pour quantifier le besoin en assurance vie, il faut d’abord déterminer le montant pour maintenir le niveau de vie (coût de vie annuel) de la famille de l’assuré pour compenser la perte de son capital humain. Ensuite, il faut soustraire la valeur des actifs financiers disponibles à la famille pour obtenir le montant d’assurance à souscrire.

Prenons l’exemple de Jules et de sa conjointe Sara, tous deux âgés de 35 ans. Ils pensent bien qu’ils devront travailler jusqu’à l’âge de 65 ans. Le coût de vie (c’est-à-dire les dépenses) de la petite famille est de 68 000 $ par année et comprend des paiements hypothécaires de 10 000 $. Le solde de l’hypothèque est de 125 000 $ et la période d’amortissement restante est de 18 ans. Ils préfèrent que l’hypothèque soit payée si l’un d’entre eux décède. Les dépenses attribuables à Jules seulement sont estimées à 13 600 $. Advenant le décès de Jules, le revenu disponible de Sara, après impôts et épargnes, atteindrait 35 000 $ en considérant la rente de conjoint survivant que lui verserait le Régime de rentes du Québec. Leur besoin en assurance vie s’établirait, grosso modo, comme suit :

 Coût de vie familial 68 000 $
Moins les dépenses de Jules (13 600 $)
Moins les paiements hypothécaires (10 000 $)
 Coût de vie après le décès de Jules 44 400 $
Moins les revenus de Sara (35 000 $)
 Revenu annuel à combler 9 400 $
Années avant la retraite de Sara 30
Capital requis pour le revenu à combler 282 000 $
Plus le capital requis pour payer l’hypothèque 125 000 $
Besoin d’assurance vie 407 000 $

 

Pour sa part, André, 55 ans, et Manon, 50 ans, planifient prendre leur retraite dans 10 ans. Les dépenses du couple étant de 64 000 $ (12 800 $ attribuables directement à André), le coût de vie de Manon serait de 51 200 $ advenant le décès de son conjoint. Comme le revenu disponible de Manon ne serait que de 45 000 $, il y a un manque à gagner annuel de 6 200 $, qui représente un capital d’environ 62 000 $ (6 200 $ multiplié par 10). Cependant, le couple a accumulé de substantiels actifs financiers, dont 350 000 $ seraient disponibles pour combler les besoins de Manon. Bien entendu, cette somme est en surplus des actifs prévus pour sa retraite. Dans leur cas, nul besoin de souscrire une assurance vie.

Ces exemples ne constituent qu’une partie de l’analyse. Il est important de faire cette démarche pour chacun des conjoints et en cas de décès simultané. Parfois, il est possible que le décès séparé des parents n’entraîne pas de besoin d’assurance vie, alors qu’il y en a un lors de décès simultanés, les deux revenus disparaissant en même temps.

Faut-il payer ses dettes au décès?

Reprenons le cas de Jules et Sara. Le capital requis pour le revenu à combler s’élève à 282 000 $, sans compter l’hypothèque. S’ils décidaient de ne pas la rembourser au moment du décès de Jules, il faudrait augmenter le montant d’assurance vie pour continuer à effectuer les paiements hypothécaires de 10 000 $ par année pendant une période de 18 ans (un montant de 180 000 $). Ce montant est plus élevé que le montant requis pour rembourser l’hypothèque en entier au moment du décès parce qu’en effectuant un paiement hypothécaire, on rembourse le capital et on paye de l’intérêt (le taux d’intérêt de l’hypothèque est de 4 %, dans notre exemple). Si le capital reçu au moment du décès est investi, il aura la chance de fructifier; il n’est donc pas nécessaire de prévoir un montant de 180 000 $. En posant l’hypothèse d’un taux de rendement (après impôts) de 2 %, cela signifie que pour payer l’hypothèque pendant 18 ans, on aura besoin au départ d’un capital de près de 153 000 $. Le besoin d’assurance vie s’élèverait donc à 435 000 $, alors que s’ils utilisaient l’assurance vie pour rembourser l’hypothèque au moment du décès, le besoin d’assurance vie serait de 407 000 $. On parle d’une différence de 28 000 $.

Sauf pour les dettes dont les intérêts sont déductibles, il est généralement préférable de rembourser les dettes au décès. De plus, cela procure une tranquillité d’esprit aux survivants.

Enfin, le désir de léguer une somme à un être cher en particulier et le financement des études des petits-enfants (sauf si cette dépense est déjà comprise dans le coût de vie) sont des exemples de choix personnels qui augmentent le montant de capital à souscrire.

Chaque personne étant unique, le planificateur financier adapte la démarche d’évaluation des besoins d’assurance à la situation particulière de son client, de sa famille et de leurs objectifs particuliers, tout en tenant compte de ses contraintes budgétaires.