La petite Aurélie a 3 mois. Elle regarde un peu partout autour d’elle de ses grands yeux, surprise de constater l’existence de ses doigts. Votre frère et sa conjointe se l’arrachent, eux qui ont bien hâte d’être aussi parents!

Soucieux d’apprendre de votre parcours de parents pour qu’ils puissent mieux se préparer, ils se renseignent sur tous vos choix : moniteur pour bébé, vêtements, etc. Cependant, leur incompréhension est complète lorsque vous mentionnez que vous n’avez pas souscrit d’assurance sur sa vie. Comment se fait-il que vous n’ayez pas assuré votre précieux trésor? Dans son rôle-conseil, le planificateur financier doit évaluer et comparer les conséquences financières de différents événements : le décès d’Aurélie, celui d’un des deux parents, leur invalidité, etc. Notons ici que la probabilité qu’un événement se produise n’est pas le facteur décisif. Ce sont plutôt les conséquences financières qu’il entraînerait qui feront pencher la balance. Voyons un exemple pour l’illustrer.

Vous jouez au hockey dans la ligue de garage locale et il vous arrive de briser votre bâton. Puisqu’il est coûteux, serait-il opportun d’assurer ce bâton pour éviter d’en acheter un nouveau quelques fois par saison?

Si un assureur voulait vendre une telle couverture, il devrait estimer le prix des bâtons à remplacer (la fréquence des bris et le coût du remplacement). Il ajouterait à cette somme les frais de fonctionnement et un profit. Par conséquent, la prime d’assurance à long terme serait inévitablement supérieure à ce qu’il vous en coûterait de remplacer vous-même vos bâtons. Puisque les conséquences sur votre budget sont désagréables, mais pas catastrophiques, il faut envisager d’absorber ce risque. En d’autres mots, de payer vous-même pour le nouveau bâton.

On ne peut pas en dire autant de l’assurance incendie pour votre maison. En cas de perte totale, votre situation financière ne serait plus jamais la même. Plusieurs projets qui vous sont chers iraient choir au cimetière des rêves déçus. Puisqu’il s’agit d’une perte catastrophique, il faut qu’un portefeuille beaucoup plus gros que le vôtre (celui de l’assureur) intervienne. Même si l’événement est plus rare que le bris de votre bâton de hockey, vous devrez accepter de payer une prime pour éviter le pire, en absence d’une meilleure solution.

Quel est le lien avec l’assurance d’Aurélie?

Le décès d’un enfant est certainement un événement tragique. Le sentiment de perte est profond et restera toujours. Cependant, est-ce tragique pour des raisons financières?

Dans la plupart des cas, la réponse est négative. Il y a certainement des frais funéraires et des honoraires de professionnels à payer. Il est possible d’envisager un congé sans solde et du soutien psychologique pour vivre malgré la tragédie. En contrepartie, il n’y aura (malheureusement) pas d’inscription à des cours de danse ou à la ligue de baseball.

Explorons maintenant les conséquences du décès d’un parent par cet exemple simplifié. Puisque cet exemple vise à expliquer le squelette du calcul, nous avons délibérément laissé de côté plusieurs facteurs comme la progression des salaires, la présence ou l’absence de créances à rembourser et les prestations au conjoint survivant ou les prestations d’orphelin. Consultez votre planificateur financier pour un calcul plus raffiné.

Joannie Thomas
Revenus après impôts 60 000 $ 40 000 $
Épargne 10 000 $ 10 000 $
Coût de vie du ménage 80 000 $
Dépenses annuelles du défunt (généralement,
on parle d’en moyenne 20 % des dépenses)
-16 000 $ -16 000 $
Écart budgétaire en cas de décès du conjoint -4 000 $ -24 000 $
Épargne -10 000 $ -10 000 $
Manque à gagner total -14 000 $ -34 000 $

 

Le coût de vie du ménage est de 80 000 $. En moyenne, lorsqu’un des conjoints décède, le coût de vie familial diminue de 20 %. Si Thomas décédait, cela signifie que le coût de vie du ménage diminuerait à 64 000 $. Cela n’inclut pas l’épargne annuelle pour la retraite de Joannie. Comme elle gagne un revenu après impôts de 60 000 $, il lui manquerait 14 000 $ par année pour conserver le même rythme de vie, tout en continuant à épargner pour la retraite. Cette situation est difficile, mais elle pourrait peut-être y arriver. Pour Thomas, la situation est toute autre. Non seulement il n’aurait plus les moyens d’épargner, mais il lui manquerait aussi 24 000 $ annuellement pour boucler son budget, donc un manque à gagner total de 34 000 $ par année! Sans une assurance vie suffisante pour Joannie, le mode de vie de la famille sera chose du passé.

Nous observons ici deux choses. D’abord, les conséquences financières ne sont pas les mêmes pour les deux parents. Ensuite, l’impact pour Aurélie est plus important dans ces deux situations que l’impact financier de son décès.

La planification financière est une question d’équilibre. Si l’argent pousse dans un arbre dans votre cour, vous n’avez pas besoin de choisir entre assurer les parents ou l’enfant, entre l’assurance vie ou invalidité. Pour le reste d’entre nous, notre portefeuille est limité et il n’est pas possible d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Il faut faire des choix!

Par conséquent, le premier critère pour déterminer ce qui doit être assuré est l’ampleur des conséquences strictement financières d’un événement. Lorsque vous ne pouvez pas composer avec celles-ci, il faudra envisager une assurance. Si vous pouvez épargner pour composer avec ces conséquences, comme le bris de votre bâton de hockey, cette stratégie sera moins coûteuse à long terme.