Nous avons déjà abordé sur notre blogue le sujet de l’indépendance financière, ce moment où travailler sera une option, autrement dit le moment de la retraite. Avant de vous demander combien épargner, vous devriez vous poser ces quelques questions pour vous préparer à ce jour parfois lointain.

Combien de temps serez-vous à la retraite?

L’évaluation actuarielle du Régime de rentes du Québec (RRQ), effectuée tous les trois ans, comporte des hypothèses concernant l’espérance de vie des retraités. Par exemple, en tenant compte de l’augmentation future de l’espérance de vie, le plus récent rapport (2018) pose les hypothèses suivantes :

  • Les hommes de 42 ans, qui auront 65 ans en 2043, vivront en moyenne jusqu’à l’âge de 88,0 ans.
  • Les femmes de 42 ans, qui auront 65 ans en 2043, vivront en moyenne jusqu’à l’âge de 90,1 ans.

Il s’agit d’une moyenne. Certaines personnes vivront plus longtemps alors que d’autres décéderont plus jeunes. En planification de la retraite, ce n’est pas très prudent de prévoir des revenus jusqu’à un âge où on a une chance sur deux d’être décédé. C’est qu’on a aussi une chance sur deux de vivre plus longtemps et de manquer d’argent! Il vaut mieux utiliser une probabilité de survie de 25 % lorsqu’on estime l’épargne nécessaire pour la retraite.

L’outil de calcul de l’espérance de vie selon divers risques de survie de l’IQPF nous révèle qu’un homme de 42 ans a 25 % de chance d’atteindre l’âge de 94 ans et une femme de 42 ans a 25 % de chance d’atteindre l’âge de 96 ans. En ce qui concerne un couple de cet âge, il y a 25 % de chance que l’un des deux soit encore en vie à 98 ans! Bien sûr, divers facteurs tels le niveau de revenu et l’état de santé influenceront la prédiction de longévité de chacun. Il semblerait que l’hérédité n’a pas une influence significative.

Supposons que Mathieu, qui par un heureux hasard est âgé de 42 ans, a commencé à travailler à temps plein à 25 ans et qu’il souhaite prendre sa retraite à 65 ans. Pendant une période de 40 années au travail, il lui faudrait accumuler suffisamment d’argent pour combler ses besoins pendant 29 années. S’il souhaite cesser de travailler à 60 ans, il aura 35 ans pour financer une retraite de 34 années, donc moins de temps pour amasser plus d’argent.

Combien dépenserez-vous à la retraite?

Vous connaissez peut-être la règle des 70 %. Selon cette règle, 70 % des revenus bruts préretraite devraient suffire pour conserver le même niveau de vie à la retraite. L’avantage de cette règle, c’est qu’il s’agit d’un calcul simple, mais elle comporte ses limites. En effet, elle ne tient aucunement compte du niveau de revenu ou du type de retraite souhaité. Le résultat obtenu en utilisant la règle des 70 % gagne assurément à être précisé à mesure que le projet de retraite se clarifie.

Reprenons l’exemple de Mathieu, qui gagne actuellement un salaire annuel de 60 000 $. Selon la règle des 70 %, il aurait besoin d’un revenu annuel de retraite de 42 000 $, qui lui procurerait environ 36 000 $ net si l’ensemble de ses revenus est imposable. À 20 ans de la retraite, c’est une estimation qu’il juge appropriée compte tenu de son style de vie.

Quelles seront vos sources de revenus à la retraite?

Vous connaissez les régimes publics, soit la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et le RRQ. Pour fins de simplification, nous n’aborderons pas ici les prestations visant les retraités à faible revenu.

Au 1er avril 2019, la pension mensuelle complète de la PSV payable à 65 ans était de 601,45 $, soit 7 217,40 $ par année. La pension complète est versée aux personnes ayant résidé au Canada pendant 40 ans après l’âge de 18 ans.

Pour 2019, la rente annuelle maximale du RRQ payable à 65 ans est de 13 855 $ (régime de base). Les statistiques du RRQ pour 2017 révèlent que seulement 22 % des nouveaux bénéficiaires du RRQ en 2017 ont touché de 90 % à 100 % du maximum (15 % des femmes et 28 % des hommes). Pour 2017, chez les nouveaux bénéficiaires, la rente de retraite mensuelle moyenne versée aux hommes s’élevait à 566,17 $ (soit 6 792 $ par année) et celle versée aux femmes s’élevait à 448,13 $ (soit 5 376 $ par année). Il est à noter qu’environ 80 % de ces nouveaux bénéficiaires ont demandé le versement de la rente de retraite avant l’âge de 65 ans. Ils reçoivent donc une rente réduite. Rappelons que, depuis 2019, le RRQ comporte un régime supplémentaire qui procurera une rente additionnelle à certaines personnes. Ce volet supplémentaire, qui vise la future génération de retraités, sera instauré de façon graduelle sur une période de 40 ans. Le montant de la rente dépendra des revenus de travail et du nombre d’années de participation.

Combien devriez-vous épargner?

Pour de nombreux retraités, les prestations versées par les régimes publics ne suffiront pas à combler leurs besoins. Certains bénéficieront d’un régime de retraite d’employeur alors que d’autres ne pourront compter que sur leurs épargnes personnelles.

Supposons que Mathieu aura droit à 85 % de la rente de base du RRQ, soit 11 775 $. Estimons sa rente du régime supplémentaire du RRQ à environ 2 734 $. En considérant la PSV de 7 217 $, Mathieu pourrait compter sur un total de 21 726 $ en provenance des régimes publics, ce qui couvrirait environ la moitié de ses besoins (21 726 $ / 42 000 $). Ses épargnes personnelles devront donc être suffisantes pour lui procurer un revenu de 20 274 $ par année jusqu’à la fin de ses jours, en supposant que ce revenu est entièrement imposable.

Sur la base d’un taux de rendement de 3,5 % (net de frais) et d’un taux d’inflation de 2 % durant la retraite, Mathieu aurait besoin de la coquette somme d’environ 730 000 $ à l’âge de 65 ans (480 000 $ en dollars d’aujourd’hui). Alors, combien devrait-il épargner annuellement? Il faut ici encore poser quelques hypothèses : un taux de rendement de 4 % (net de frais) durant la phase d’accumulation et un taux d’indexation de l’épargne annuelle de 2 % (le coût de la vie augmente chaque année, il faut donc augmenter l’épargne chaque année).

Si Mathieu épargne le même montant chaque année (indexé de 2 %), il devrait épargner 7 520 $ par année s’il débute à l’âge de 30 ans et 14 280 $ s’il attend à 40 ans. Voilà un bel exemple de l’importance de commencer à épargner tôt! Évidemment, dans la vraie vie, rien n’est si linéaire. Au début de la vie active, les épargnes sont souvent plus modestes. Habituellement, elles prennent de l’ampleur avec le temps.

Si l’employeur offre un régime d’épargne retraite et y contribue, ce régime n’est pas à négliger! Par exemple, l’employeur pourrait égaler la cotisation de l’employé, jusqu’à un maximum de 4 % du salaire. Il s’agit d’un sérieux coup de pouce!

Une planification adéquate de la retraite comporte son lot d’incertitudes. C’est un processus aux multiples facettes qui évoluent avec le temps. Un planificateur financier peut vous accompagner dans l’élaboration de votre plan.