Le REER ou le CELI… là est la question!

Quand vous épargnez, vous vous faites cadeau d’une éventuelle indépendance financière, celle qui vous permettra de travailler si ça vous tente ou de vous reposer si vous en avez besoin. De faire les activités qui vous plaisent, finalement.

Mais nous savons tous qu’épargner n’est pas facile. C’est pourquoi chaque dollar mis de côté devrait être investi de la façon la plus efficace possible.

Avant 2009, la seule façon de faire fructifier ses épargnes en prévision de la retraite en évitant l’imposition annuelle des revenus de placement était d’utiliser le mécanisme d’aide fiscale à l’épargne-retraite, lequel inclut le REER et ses dérivés, ainsi que les régimes de pension agréés (RPA) offerts par certains employeurs. Depuis 2009, les Canadiens de 18 ans et plus ont le droit d’épargner par l’intermédiaire d’un Compte d’épargne libre d’impôt (CELI). La cotisation maximale par année s’élevait à 5 000 $ de 2009 à 2012 et s’élève à 5 500 $ depuis 2013.

La grande similitude entre le REER et le CELI est que les revenus de placement gagnés dans le compte ne sont pas imposables. La grande différence est le traitement fiscal des cotisations et des retraits. En effet, une cotisation REER permet d’obtenir une réduction du revenu net, alors que les retraits doivent être ajoutés au revenu net. À l’opposé, une cotisation à un CELI ne permet d’obtenir ni déduction, ni crédit, mais les retraits ne sont pas ajoutés au revenu. Une autre différence intéressante est que lorsque l’on effectue un retrait de son CELI au cours d’une année donnée, l’année suivante le montant du retrait est ajouté aux droits de cotisation CELI, alors qu’une somme retirée d’un REER1 ne pourra jamais être remplacée.

Comment faire un choix éclairé?

En premier lieu, il faut préciser qu’on parle ici d’épargne en prévision de la retraite. On peut épargner pour une multitude d’autres raisons et le CELI est sans aucun doute supérieur au REER dans plusieurs cas, puisque le REER a été mis en place avec l’objectif spécifique de faciliter l’épargne en prévision de la retraite.

Règle fiscale de base

Le REER est fiscalement plus avantageux lorsque le taux effectif marginal d’imposition2(TEMI) est plus élevé au moment de la cotisation qu’au moment du retrait. Dans la situation inverse, c’est le CELI qui est le plus avantageux du point de vue fiscal. Les deux véhicules d’épargne sont équivalents lorsque le TEMI est le même lors de la cotisation que lors du retrait.

En général, on dépense moins une fois à la retraite. Dans ce cas, on devrait avoir besoin de moins de revenus et donc être moins imposé que pendant la vie active, ce qui tend à indiquer que le REER reste le meilleur véhicule pour épargner en prévision de la retraite.

Mais ce n’est pas toujours le cas, notamment pour les personnes âgées à faibles revenus qui ont droit au Supplément de revenu garanti (SRG), lequel est réduit, pour une personne seule, de 1 $ par 2 $ de revenu supplémentaire.

Cette logique peut aussi s’appliquer dans l’autre sens, puisqu’une personne monoparentale peut obtenir des allègements sociofiscaux qui peuvent parfois dépasser 80 % du montant contribué à un REER3.

De façon générale, le REER est l’outil de choix pour l’épargne-retraite. Toutefois, les personnes qui, à l’approche de la retraite, s’attendent à un revenu modeste à la retraite devraient consulter un planificateur financier pour choisir le meilleur véhicule d’épargne, surtout s’ils reçoivent une somme forfaitaire, comme lors d’une perte d’emploi. Aussi, bien qu’il soit utile de déterminer quel véhicule d’épargne est le plus avantageux selon sa situation, une partie plus ou moins importante de l’épargne devrait être placée dans un véhicule comportant des caractéristiques fiscales différentes. En effet, cela permettra de modeler vos retraits en fonctions des évènements qui se produiront à la retraite.

Par exemple, vous retirez un revenu annuel X de vos REER pendant la retraite, mais cette année, le toit de votre résidence coule et vous avez besoin de 10 000 $ additionnels. Cependant, un retrait REER plus élevé entraînerait le remboursement partiel de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV). Si vous avez placé une partie de votre épargne dans un CELI, vous pourriez l’utiliser pour éviter cette conséquence fiscale. Donc, même si vous avez établi de manière globale que le REER était plus avantageux pour vous que le CELI, avoir utilisé les deux véhicules vous a permis de vous adapter à un évènement spécifique pour ainsi améliorer votre situation globale.

Patrimoine familial et régime matrimonial4

Les couples mariés ou unis civilement sont assujettis aux règles régissant le patrimoine familial5, lequel inclut des biens précis, notamment les droits accumulés durant le mariage ou l’union civile au titre d’un régime de retraite, ce qui inclut le REER, mais pas le CELI.

De ce fait, les cotisations faits à un REER pendant le mariage ou l’union civile et leur rendement devraient faire partie de la masse partageable en cas de rupture du mariage ou de l’union civile, alors que ça ne serait pas le cas des cotisations faites à un CELI.

Le partage du CELI dans l’éventualité d’une rupture du mariage ou de l’union civile dépend donc du régime matrimonial des époux.

Bien se connaître

Finalement, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas que les chiffres qui comptent. Notre comportement face à l’épargne est un facteur important à considérer lors du choix du véhicule à utiliser. Pour certains, l’absence de conséquences fiscales lors d’un retrait CELI peut rendre cette solution trop facile et ils auront tendance à détourner l’épargne de son objectif initial. Dans ce cas, le REER est peut-être le véhicule d’épargne-retraite indiqué puisque l’imposition des retraits peut décourager les retraits impulsifs.

Vous avez besoin d’un coup de main pour vous y retrouver? Le planificateur financier peut vous aider à y voir clair. Évaluer votre situation financière de façon objective, c’est son métier!

1À l’exception des retraits faits dans le cadre du Régime d’accession à la propriété (RAP) ou du Régime d’encouragement à l’éducation permanente (REEP).
2Le TEMI est plus représentatif des conséquences financières réelles d’une réduction ou d’une augmentation du revenu net que le taux marginal d’imposition (TMI). En effet, le TEMI tient compte à la fois du TMI et des répercussions d’une augmentation et d’une diminution du revenu net sur l’admissibilité à divers programmes sociofiscaux, comme le Soutien aux enfants ou le Supplément de revenu garanti.
3Le CQFF publie les courbes de Claude Laferrière qui illustrent bien les TEMI potentiels de diverses situations familiales.
4En savoir davantage sur les régimes matrimoniaux et le patrimoine familial.
5De façon générale, le patrimoine s’applique à tous les couples mariés ou unis civilement domiciliés au Québec, à l’exception de ceux qui étaient mariés avant le 1er juillet 1989 et qui ont signé une déclaration notariée, au plus tard le 31 décembre 1990, indiquant qu’ils voulaient que leur union ne soit pas assujettie au patrimoine familial.